Je vous écris d’un vol de nuit qui rentre sur l’Europe.
Le sable habite encore mes chaussures.
Je suis incapable et de dormir et de me calmer,
Trop de souvenirs s’entrechoquent.
Des milliers d’images perdues, fugaces
Des centaines de dixième de secondes envolées
Qui pourtant donnent la valeur, le goût particulier
A la minute
Où, « restant sur la moto », confiante
J’observe sans être vue
Lisant des entêtes de « salon à tresses »
Ateliers de couture, épiceries
Que je ne lierai qu’ici
« A la grâce de Dieu », « Bonne Miséricorde » = Salon de tresses
« Aux petits besoins » = Epicerie du coin…
Des scènes inattendues
Souvent rocambolesques
Je tais mes sourires.
Odeurs pestilentielles
Ou enivrantes
Silhouettes des corps
Masculines ou féminines
Toujours enjôlantes
Car lancinantes
Rien ne peut les presser
Le stress est ailleurs…
La chaleur forte
Freine la marche
Le sable dissuade les éventuelles accélérées.
Les pas, harcelés par les cris de crapauds des motos
Les voulues rugissantes autos.
Le piéton, après le vélo
Est définitivement
Perdant …
Incomplet donc
Est et restera ce récit
Pourtant écrit dans l’effort du précis
Mais vous l’avez déjà compris
Ce voyage est bien plus qu’un cadeau.
Il est de l’ordre de la manne divine.
Après hésitations, recherches tous azimuts,
Doutes et déroutes
Embûches et fausse-route
Remise en doute et puis vas te faire te foutre
La récompense est là !
Palpable
Maison Kpanzou.
Une maison-moulin où la porte
Est, comme les cœurs
Ouverte en permanence
Et
Accueille chacun comme il est…
Je ne sais à quoi m’attendre en descendant de l’avion,
Eux non plus d’ailleurs.
Malgré les mauvaises expériences avec « les Blancs » et « Parris »
Je suis acceptée sans condition
Bien que je ne mange « rien »
… Végétarienne…
Le contact se prend
La confiance s’établit
Les liens se tissent
Je les adopte tous.
La pierre d’angle a été posée
Elle est et restera Edouard
File conducteur et tisseur de liens entre tous ceux que j’ai rencontrés
Il a ouvert les portes,
Avant mon arrivée
Relié les chemins.
Grâce à lui
Les alchimies se mélangent
Toujours en harmonie.
Kara
2h30 de route encore
Le Burkina serait nôtre.
La Mercédès fidèle
Evite les ravins spontanés de l’asphalte restant.
Baobabs, cases, motos surchargées, bamians, oranges,
Acajous, avocats, machettes dans les mains d’enfants, ananas,
Minibus ridés essoufflés bondés
Traînant bonne an mal an déménagements chèvres et poulets
Croisant indifféremment tous camions souhaitant en découdre avec eux…
La caravane passe…
Arrivée miraculée « Bonne arrivée ».
Aneho
Bien plus qu’un paradis…
Paix / Force
Beauté / Pureté
Rencontre / Respect…
La lagune du lac Togo frôle l’Atlantique
Mais pas plus…
Oui, l’Atlantique,
Déchaîné
Fantastique
Turquoise, embruns, gris profond, écume, noir granit
Fragile pourtant…
Car la plage rongée de sel
………………………………………………Intensité insoupçonnée…
… Bouleversée…
Kpalimé
Tropicale
Montagnes chaleur cascades moiteur rizières
Café bananiers cacao artisanat marché
Flore débordante enchevêtrée insensée
J’aimerais rester…
Assahoun
Grande poussée d’indépendance !
Sortie seule : 1h30 de taxi 30min de taxi-moto seulement 2 km à pieds…
Et…
Je suis déjà arrivée
« Bonne arrivée ! »
Le départ ?
N’est qu’un au revoir
Le bilan?
Un gain de rencontres fructueuses
Peut-être des nouveaux amis retrouvés.
TOGO
Epoustouflant de vies
Bruits, frénésie, terre, chants, enivrement,
Sable,
Musique, poussière,
Cris, arbres,
Muezzin, racines,
Iode, bleu-gris atlantique,
Etoiles, constellations inconnues,
Danses, jambés, rires, énergies redoublées,
Paroles, envols,
Nuages, coquillages
Jamais de silence
Sourires, vagues, regards,
A la dérobée,
Alchimies intenses sans bruit
Muettes, fluides, palpables,
Le souffle du vent n’emportera pas tout.
Eclaboussée de poussière
Toujours
Jusqu’aux cheveux
Toujours
La terre rouge
Toujours
Le ciel rouge
Toujours
Les maisons rouges
Chaleur, sueur, puanteur, vapeur
Jamais je n’ai senti la peur.
Je marche
Vibre ressens écoute observe convaincs.
Je parle, regarde
Concentrée, je n’oublie plus
Présente, intuitive, à l’écoute de tous non-dits.
Je respire, m’épanouis,
Suis heureuse de vivre,
Enracinée.
Efficace sans être stressée
Acceptée ou tolérée.
Souvent accueillie à bras ouverts.
Gênée d’ailleurs…
Mais buvant ce moment jusqu’à m’enivrée
M’étourdir.
« Yavo yavo bonjour,
Yavo yavo bonsoir,
Yavo yavo bonjour,
Yavo yavo bonsoir ! »
Pauvreté, humilité rencontrées
Dénuement, découragement,
Et pourtant
Tant et tant
Et encore et toujours
Des sourires dépassant non seulement la fatigue
Mais quoiqu’il arrive le découragement.
Plaisir
A toutes heures
Des éclats de rire.
A toutes heures
Oui
Parlons-en de l’heure !
Notion si relative !
Extensible,
Indéterminée
Inexistante
Certainement toujours en suspens.
Il y a le jour
Oui
Il y a la nuit
Certes.
C’est tout !
OUI
Ce joyau de trois semaines de calendrier
Je le porte en moi.
Présent
Edifiant
Confiante,
Je sais que ce voyage
N’est qu’une première étape.
Inch’Allah !